Mardi 18 août 2009
2
18
/08
/Août
/2009
09:39
Avant de commencer par un article de ma vie et mes réflexions ici, à Sai Gon, je me dois de me présenter un peu, histoire que vous puissiez situer qui je suis, et
pourquoi je suis là.
Qui suis-je ?
Jeune française de 20 ans, pour 3 mois et demi au Viet Nam, à Sai Gon. Etudiante en sciences politiques et vietnamien à Paris, originaire d’une province de l’est
profond.
Pourquoi suis-je ici ? C'est vrai quoi, qu'est ce que je fou là bas ?
Parce que j’aime le Viet Nam. C’est une passion qui est née ou plutôt jaillit alors que j’avais 13-14 ans. Le Viet Nam est moi, c’est comme Obélix et la potion
magique : je suis tombée dedans étant toute jeune. Sans aucune raison "logique" puisque aucun liens familiaux ou historiques (à part celui de mon pays) ne m’y rattache. Pour tout le monde,
dans mon entourage, le Viet Nam était un pays « anonyme » comme tous les autres. Et puis un jour, il est devenu mon pays, mon violon d'Ingres, mon obsession. La raison, je l’ignore.
Dans le feu de ma passion, je me suis mis à apprendre cette langue par tous les moyens (dans mon petit village de 2000 habitant paumé dans l’est profond, il n’y avait pas de vietnamiens avec qui
j’aurais pu prendre des cours). J’ai donc commencé par « le Viet Nam en 3 semaines », en passant par le vietnamien sans peine (quel mensonge !!!), les livres de photos, les paroles
de musiques, les dictionnaires, précieux objets que j’achetais lorsque j’avais la chance de pouvoir monter à Paris, les poèmes… Bref, les matériaux de mon apprentissage ont nourris ma passion.
J’ai touché à tout : musique, littérature, poésie, politique, histoire, géographie, reportages, rfi, images, photographies… tout ce qui se rattachait au Viet Nam était bon à prendre… D’un
point de vue psychanalytique, je refuse d’aller voire un psy pour voir ce que cache éventuellement cette passion… Si jamais elle cache quelque chose… Car en vérité, ses causes sont un tel mystère
qu’il est fort probable qu’elle ait des secrets à révéler… Bref.
Toujours dans ma soif d’en savoir plus, profitant de la chance de pouvoir faire mes études (de vietnamien) à Paris, et frustrée par les cours qui me semblaient pour
certains (oserais je dire pour beaucoup ?) trop peu inconsistant à mon gout, j’ai décidé de fréquenter la communauté vietnamienne, en particulier les étudiants vietnamiens. De cette façon,
j’ai rencontré beaucoup de monde, dont mon actuel conjoint (oui, peut être qu’à 20 ans, utiliser ce mot alors que la plupart des jeunes de mon age parle de « copain »… Mais je n’aime
pas ce mot, pour moi, il a connotation de légèreté, d’aucun engagement… ). Bref, l’homme que j’aime. Et c’est chez lui que je vis en ce moment, et pour nous que je suis au Viet Nam. Je suis
aussi ici pour 2 autres raisons : apprendre le vietnamien à l’université et étudier la culture du Sud. Voilà donc le contexte de ma narration.
Mon conjoint sera désigné par la lettre L.
Donc....
Jeune française de 20 ans, je vis au Viet Nam pour 3 mois et demi, dans un quartier pauvre de Sai Gon. Mandatée par une bourse pour faire une recherche sur le Sud,
je vis le Viet Nam au jour le jour, au milieu des ouvriers vietnamiens, des étudiants, des cadres et commerçants, au milieu des préjugés de ma culture sur la leur, et des préjugés de leur culture
sur la mienne, au milieu de leur incompréhension face à ma présence dans leur quartier ou leur pays, face à mes questions, aux chocs culturels, à mon aliénation d’étrangère, à mes confessions
encore inavouées… Face à la vie, la vie d’une jeune expatriée de courte durée, qui découvre peu à peu ce que veut profondément dire « les différences culturelles »,ce que veut dire
« l’incompréhension », et qui subit de gros « préjugés » culturels… Parce que cette fois ci, c’est moi qui suis une étrangère.
A Paris, les étrangers, touristes, expatriés, réfugiés, étudiants… sont présents partout. Dans toutes les rues, dans tous les quartiers. Les présences de tous ces
étrangers n’est en fait plus aussi étrangères. Par contre, les étrangers sont toujours des étrangers. Ils sont toujours d’ailleurs. Ils sont toujours incompris, comme ils nous comprennent aussi
mal parfois. Mais nous, nous sommes chez nous. Dans la société à laquelle, bon gré malgré, nous participons. Etranger dans sa propre culture. Peut être que ca existe. Mais étrangers à la culture
des autres, c’est autre chose. Et cette fois ci, c’est mon tour. Avant aussi j’étais touchée par les préjugés qui frappent, certes tout le monde en général, mais particulièrement les étrangers
(pour avoir déjà vécu l’expérience d’être étrangère, un an dans un pays voisin). Mais même s’ils me touchaient, si je les trouvais injustes et infondés, je ne pouvais que les contempler. Je ne
pouvais pas les vivre de l’intérieur, puisque je n’étais pas directement visée. Or là, si. Je suis la cible, je suis le cercle central où la fléchette vient se fixer…