Allô, qui est à l'appareil ?

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  • Etudiante, au Viet Nam pour 3 mois et demi. Habitante dans un quartier pauvre et chinois de la ville. Avec un vietnamien. Et tous les chocs culturels qui vont avec cette vie...
Vendredi 21 mai 2010 5 21 /05 /Mai /2010 19:13

J’ai reçu quelques mails de quelques lecteurs. J’en ai été très surprise comme très touchée. Malgré le fait que j’écrive sur internet, qui est un « lieu public » et donne un accès public à ce que j’écris, je pensais que les seules personnes qui me lisaient et pouvaient être intéressées par mon récit appartenaient seulement à mon cercle familial et amical. Il faut croire que non.

La dernière lettre que j’ai reçue, de la part d'une très jolie fleur, m’a donnée envie de recommencer à écrire dans ce blog…De continuer à partager ce qui m’est arrivé et ce qui m’arrive pour pouvoir dialoguer avec ceux qui me lise, au hasard du détour d’une page virutelle.

 

Le Viet Nam a fait son chemin, et j’y ai fait mon retour, alors qu’après un tel voyage, je pensais ne plus avoir la force d’y revivre. Mais les miracles du temps m’ont permis d’évoluer et de rouvrir mon cœur… Durant l’automne et l’hiver qui a suivit mon voyage de trois mois et demi au Vietnam, des vagues d’incertitude, de questions, de désillusions, de mal-être, de souvenirs et de réflexions se sont violement déchaînées dans mon esprit et mon être, dans mes pensées éveillées comme dans mon sommeil.

J’ai repris mes trois cursus à l’université en Octobre ce qui m’a pris la plupart de mon temps.

Le premier semestre a été éprouvant. Se remettre en question et dériver à tout hasard n’est pas de tout repos.
Et puis, en Février, je suis retournée trois semaines à SaiGon, pour le nouvel an vietnamien (le Tet). Et là, tout je me suis sentie apaisée.

 

En réalité, passer trois mois dans un pays si lointain et souvent si différent, y vivre comme partie prenante de la société tout en y étant à sa frontière, n’est pas chose si simple. L’adaptation prend du temps. Le temps du choc face aux différences culturelles, le temps des résistances, le temps de l’incompréhension, le temps du doute, le temps de la perdition, le temps de l’aliénation.... tout ce processus est chronophage…Mais pas éternel pour qui a la force et la volonté de le faire aboutir à une autre étape : celle de la compréhension, de l’acception, de l’adaptation. Le temps d’ouvrir des portes qui avaient été fermées face au choc culturel, le temps de trouver ses  repères, ses amis, le temps de nouer des liens, de se trouver soit même dans cet autre univers jusqu’à en le faire devenir sien….Trois mois, ce n’est pas assez pour que la première étape aboutisse à la  deuxième.

La houleuse maturation s’est faite à mon retour en France. Autour de silence, de paroles, de colère, de déception et de réflexion.

Lors du Tet, mon ami avait lui aussi pu prendre ses marques avec ce rythme effraîné de travail et cette nouvelle ville. Il avait d’autres amis et sa sœur. Certains de ses amis étaient contents de me revoir. J’étais attendue. Prendre le temps de parler, prendre le temps de s’installer et de s’intégrer. Ces trois semaines douces et heureuses m’ont permis d’avoir des conversations que jamais je n’aurais imaginé avoir auparavant. J’ai pu nouer plus fort d’autres amitié. J’ai pu comprendre et accepter avec moins de résistance certaines réalités. Je me suis enfin senti bien. Pourtant, j’ai aussi accepté le fait qu’il est très dur de franchir les barrières culturelles, même avec de la bonne volonté. J’avais auparavant pris cette difficulté comme un échec personnel. Mais en réalité, c’est une véritable montagne que peu arrive à déplacer.

Dans beaucoup de couples mixtes, combien ne parlent pas la langue de leur conjoint(e) ? Combien n’ont jamais été dans son pays, y vivre ou essayer d’y trouver des réponses ou des marques ? Combien essaie de prendre autant en compte l’autre, dans sa dimension culturelle ?  La découverte, la vraie, ne se fait pas dans un arc-en-ciel mielleux.

Et puis là, je me suis sentie accueillie, attendue.

Récemment, celle que j’appelais « l’épouse » m’a appelé pour prendre de mes nouvelles et de celles de mon père, gravement malade. Alors qu’elle ne le connaît pas. Alors qu’on ne se connaît pas si bien que ça. Je me souviens aussi d’une de ses paroles. On était chez elle et son mari, le meilleur ami de mon compagnon, m’a demandé en riant : Et toi, Liên, tu t’énerves souvent contre L. ? Et mon compagnon de répondre, un sourire aux lèvres : « non, elle ne crie pas, elle pleure ». J’ai toujours été à fleur de peau, comme si je n’avais pas de défense. Je ne sais pas trop me protéger. Alors je pleure, parce que je ne sais pas quoi faire d’autre. Et après le repas, alors qu’on sortait tous ensemble de la maison pour aller boire un jus au café du coin, « l’épouse » me dit alors : « tu sais, Liên, moi quand il y a une chose qui ne va pas, je le dis directement. Je ne laisse pas passer ». J’ai eu l’impression qu’elle me disait : « tu peux être en colère, tu as le droit. ». Et ça m’avait libéré aussi, parce que j’ai reçu ses paroles comme une confidence, comme un soutien, comme si elle comprenait que je puisse être en colère et que ce soit légitime. Comme si on faisait fi de ma différence ou qu’on l’acceptait. J'étais. Pour moi et pour eux.  

Par L'occidentale - Publié dans : chroniques thérapeutiques
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Vendredi 13 novembre 2009 5 13 /11 /Nov /2009 20:45

                Ce n’est pas à l’exercice narcissique, psychanalytique, littéraire et mémoriel qu’est l’autobiographie que je veux me prêter. Enfin, si peut-être : le coté narcissique peut très bien m’aller tandis que l’exercice littéraire est en fait totalement ma visée. Il faut bien que je me l’avoue : je suis une pseudo-écrivain. Pas besoin de se l’avouer en réalité : c’est une évidence qui est née en même temps que mon goût pour l’écriture.  Ce n’est pas dans un souci de pseudo humilité là aussi, que je me dis ça. Il s’avère malheureusement que c’est vrai. D’ailleurs, je n’ai jamais vraiment pu me relire sans avoir en tête cette petite lumière rouge qui clignoterait comme pour m’avertir : « attention, ne te prends pas au jeu, ce que tu lis n’est que ta propre écriture, digne d’être laissée dans le fin fond du disque dur de ton ordinateur ! » C’est d’ailleurs ce qu’il se passait : Mes écrits se languissaient dans le marécage informatique de ma machine à écrire.

A huit ans, on écrit des histoires d’enfant, des petits poèmes d’innocence sur fond rose bonbon. A douze ans, ce sont des petites bribes de nous-mêmes, avec ce même regard enfantin de la vie. En les relisant, on trouve ce moi collé à la vie comme un bébé kangourou dans la poche du ventre de sa mère. Même loin d’être de la grande littérature, c’est un genre que l’on peut alors qualifier de grande innocence. Et puis à quinze, seize ans, on écrit sa déchirure avec ce plein profond, cette insouciance de la vie. On écrit son enfance qui commence à s’éloigner de la rive, comme a pu le dire en mille fois plus  incompréhensiblement poétique  Monsieur Yves Bonnefoi. Mais ce qu’on écrit à vingt ans, je ne le sais pas plus que le contenu du mot futur. Peut-être écrit-on la dérive de son navire dont le mode d’emploi de sa proue nous reste encore un mystère. Ce qu’on écrit à vingt ans, ça ressemble à des mouchoirs en papier qu’on jette après y avoir déposé ses incertitudes et désillusions liquides.

Alors c’est parti, je m’adresse une fois de plus à mes amies les lectrices les plus fidèles : les poubelles.

Je m’appelle Ariane et j’ai 20 ans. On m’appelle aussi parfois Liên. Pas grand-chose à voir avec Ariane. Vous allez comprendre plus tard. L’identité, un des grands points d’interrogation générale de la jeunesse. Je suis la fille d’un homme et d’une femme. Bon là au moins, je ne m’aventure pas sur des terres inconnues. Je suis celle qu’ils sont  allé chercher dans un labyrinthe de plus de vingt-quatre ans de vie commune. Je suis la fille d’un homme et d’une femme qui se sont aimés, ce qui n’est pas forcément le cas de tout le monde, malheureusement.

Je suis celle qui est devenue moi-même.

En fait, voilà peut être pourquoi je me prête avec un délice et une appréhension colorée à cet exercice périlleux de l’autobiographie : les mots qui s’alignent, c’est le fil qui, à travers le dédale du foutoir de la vie, m’emmène d’une façon tordue à moi-même, à mon identité. La quête du graal. Une entreprise très prisée si j’en crois les centaines de livres nombrilistes qui trônent sur les étalages des milliers de librairie et supermarchés dans le simple but que la poussière soit un peu plus remuée par les feuilletages des clients que si elle tombait sur la surface brute et lisse du comptoir. Je suis dure. On me l’a souvent dit. Je suis facilement sans pitié. Voilà, on peut commencer la liste d’adjectifs se rapportant à ma petite personne et mon grand égo.

Quand on écrit une autobiographie et qu’on n’en a pas de talent, je vous entends déjà tirer la conclusion : « eh bien on n’écrit pas ». Bon, admettons alors qu’on a la foi. Donc, disais-je, quand on a le culot d’écrire ce genre d’œuvre d’art tout en sachant que ça sentira le plastique à plein nez, il  y a une chose qui s’avère difficile, et qui peut rebuter à l’écriture (en plus de l’absence de talent) : c’est le commencement. Comment commence t on son autobiographie ? Je veux dire… Je ne me vois pas étendre le carnage en débutant mon récit par  mes premiers babillements sans originalités, mes premières couches et mon premier cartable (en tissu orange et brun pour tout vous dire).

On peut commencer aussi là où en est dans la vie quand on commence à écrire. C’est ce qui m’a paru le plus simple au premier abord, mais arrivé à un certain stage, il fallait user de flash back, dont je ne me maîtrisais pas -et ne maîtrise toujours pas encore- la technique. Mais n’ayant pas de recours de secours, c’est quand même, par désespoir, que j’ai fait ce choix. Oh bien sûr, j’aurais pu aussi faire ça à la Perec. Mais ça, ça s’appelle du plagia. Et même étant une écrivain arriviste, je souhaite garder mon intégrité et le peu de créativité dont je peux faire preuve.

 

Alors me voilà, seule, un verre de lait chaud et un biscuit au chocolat, assise sur la moquette de ma chambre, à essayer de me creuser la cervelle en tapotant sur les touches à peine sales de mon clavier d’ordinateur.

En fait, le pire dans cette histoire, c’est que je rêve de bien écrire. Je voudrais devenir écrivain-journaliste. Je voudrais faire des textes qui pourraient provoquer les larmes, le rire, la réflexion…et pourquoi pas la révolution pendant qu’on y est ! On peut toujours rêver, et puis tant qu’on n’a pas déjà essayé, on ne peut pas savoir. Mais quand même, ce n’est pas la première fois que j’essaie. Peut être qu’un jour ça viendra. En attendant que ça vienne j’écris. Ou plutôt, je couche des mots virtuels sur du papier virtuel. C’est toujours mieux que de regarder des séries américaines à la guimauve en pot. Ce qui ne m’empêche bien sûr pas de faire les deux.  

Souvent, je me dis que si je ferais une psychanalyse, je trouverais matière à écrire. Je trouverai les petites clefs de mes propres mystères, que je livrerais aux lecteurs après les avoir bien fait mousser dans un suspens insoutenable et une sainte humanité. Mais non. Je ne sais pas pourquoi, je n’arrive pas encore bien à m’imaginer lors de ma première séance chez un psy, répondre à sa traditionnelle question, à savoir  ce qui m’amène ici, par un : « eh bien, c’est parce que j’ai besoin d’une intrigue pour écrire un livre ». D’ailleurs, cela supposerait, ô quelle prétention, que ma vie serait une histoire pleine de rebondissements et assez digne pour en faire un livre. J’avoue que mon orgueil s’est un peu développé ces derniers temps. Mais n’empêche, je me prête à croire que toute histoire de vie vaut un roman. Alors pourquoi pas la mienne ?!

D’ailleurs, si on parle du passé proche, j’ai pas mal de choses à raconter. Mais pour en comprendre le sens et remettre tout ça dans le contexte, il va falloir que je revienne en arrière de quelques années. C’est ce qu’on appelle la technique du flashback, cette fameuse technique que je suis loin de maîtriser.

Curieusement, lorsque je suis allée voire la psychanalyste, ce que je lui ai avancé comme raison de ma visite maladive n’était pas d’être sans inspiration pour écrire un roman inspiré de ma vie.

Récemment, j’ai dégringolé du dernier étage d’un immeuble psychologique long de sept années, rien qu’en passant trois mois et demi dans un pays que j’avais légèrement idéalisé sur les bords depuis ma plus jeune adolescence.

 

Toujours dans cette même quête du graal, à savoir celle de mon identité, j’ai décidé d’être passionnément  amoureuse du Viet Nam vers l’âge de treize ans. On peut envisager cet évènement de deux façons : soit c’est quelque chose qui, consciemment m’est tombé brutalement dessus, soit c’est le résultat d’un long processus mystérieux et surtout inconscient. Et comme c’est souvent le cas, les deux sont loin d’être incompatibles.

                Si l’on s’interroge sur les mécanismes relevant de l’inconscient, comme c’est le cas quand on est allongé sur la confortable banquette dans le cabinet du psychanalyste, on peut penser que cette passion n’est pas un hasard, contrairement à ce que l’inconscient veut bien nous faire croire. Effectivement, à l’âge de la construction de l’identité, il parait qu’on se cherche toute sorte de prétextes pour se trouver, pour couper ce cordon ombilical encore et toujours bien présent. Chacun prend ce qu’il trouve, pour rejeter, façonner, créer, adapter valeurs, expériences, intérêts… Ce petit jeu de Memory peut aller bien loin…Bien loin puisque cela à pu me conduire jusqu’au Viet Nam.

A un Noël, j’ai reçu une écharpe cambodgienne que ma grand-mère, tout juste revenue d’un voyage dans ce pays, m’avait offert. Ce Noël là, on avait regardé ses souvenirs de vacances dans cette contrée lointaine et je me souviens avoir retenu courageusement mon souffle en contemplant la photo du temple d’Angkor Wat. Suite à cet ébahissement apnéique, je me souviens plus ou moins bien précisément m’être intéressée au Cambodge. Mais devant la difficulté d’apprendre la langue de ce pays par internet (vu le trou perdu où j’habitais, impossible de l’apprendre d’une autre façon, la frénésie des langues « rares » n’ayant encore vu sa naissance) , je me suis lâchement rabattue sur le Viet Nam, pays voisin qui par ma logique implacable, ne devait donc pas être très différent… Et surtout, la langue, usant de caractères romains, m’a semblé plus facile à apprendre aux premiers (trop rapides) abords.

Et puis à cette époque aussi, être Française, de parents purement français, n’était franchement le coté de moi-même qui me plaisait le plus. J’ai fait des recherches frénétiques dans l’arbre généalogique de mon paternel, je suis remonté jusqu’au XVIe siècle sans résultat : de son coté, j’étais toujours désespérément française pure souche. Concernant la généalogie hérédité de ma génitrice, il apparait que c’est le même cas. Provenant d’un petit village du profond haut-Doubs, il aurait été invraisemblable qu’un étranger vienne s’enterrer dans un îlot paysan pareil, même par amour du fromage, puis fonde une famille dont ma mère en serait une des descendantes.

Donc, disais-je, me rappelant à ma triste réalité : j’étais, selon moi, trop française. Il apparait aussi qu’à cette époque, je n’avais pas vraiment idée de ce que signifiait « être française » à part parler français. C’est pourquoi je suis entièrement d’accord avec notre cher président qui propose un débat sur cette question essentielle qu'est l’identité : poser la question de qu’est ce qu’être Français, c’est dissuader certains, par d’astucieux moyens, de vouloir devenir vietnamien.

Bien sûr, à l’époque, j’avais aussi déjà entendu parler de littérature et d’histoire française. Mais je n’avais pas vraiment fait la connexion entre ces deux composantes et mon identité. Je ne les portais pas en moi. Ou du moins, je ne sentais pas encore leur présence et leur poids en moi.

 Donc, me transformer en vietnamienne, c’était de loin la solution la plus facile et la plus courante pour devenir « interculturelle ».

Il parait aussi que c’est dans le rejet qu’on se construit. Avant, j’ai rejeté la France parce que je construisais mon identité de Française. Est-ce que ça veut alors dire que si maintenant je me mets à rejeter le Vietnam c’est parce que je suis en pleine construction de mon identité de Vietnamienne ?

Je suis actuellement devant mon mur de Berlin (mur de France serait plus juste): le communisme qui sclérose le Viet Nam est en train de céder face à la République Française que je viens enfin d’accepter comme étant, bon gré malgré, mon monde.

Et c’est ici que tout commence…parce que tout s’écroule.

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Vendredi 13 novembre 2009 5 13 /11 /Nov /2009 20:18

Je suis rentrée du Viet Nam il y a exactement un mois, onze jours et 12 heures trente minutes.
Et puis tout s'est enchainé sans me laisser le temps de digérer ce que j'avais vécu, ce qui était né et mort en moi pendant cet été là.
Je suis retourné à mes deux facs et ai plus souvent le nez penché sur des livres qu'en l'air et les yeux dans le vide, à revivre certains moments hestivaux.
Mais une fois germé, on empêche pas un contre-coup de se développer. J'ai beau le repousser, par manque de temps et par appréhension, je sais qu'il s'est passé quelque chose d'important pendant ces trois mois et demi.

A travers mes articles sur la vie que l'on mène à Sai Gon, vous avez du aussi vous rendre compte de ce que tout ça a pu trouver comme résonnance en moi.
A travers ces chroniques de la vie quotidienne, c'est aussi des articles exutoires que j'ai écrits. Peut être, voire même surement, était-ce cela, le vrai but de ce blog.

Cet article est en quelques sortes un préface à ceux qui vont (irrégulièrement) suivre : ils retracent l'étape de mon désarrois et du contre coup de ce voyage. Quand je vous disais qu'on ne revient jamais indemne du Viet Nam...

Bonne lecture.

J'oublie de préciser qu'il sera aussi fort probable qu'entre quelques de ces chroniques thérapeutiques se glissent des pages concernant certains aspects de la culture et société vietnamienne, ainsi que mon rapport de voyage d'étude sur la culture et la société du Sud, qui paraitra surement fin Décembre/début Janvier.

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Samedi 10 octobre 2009 6 10 /10 /Oct /2009 00:16

Mon voyage au Viet Nam. Je ne sais pas si on peut appeler ça un voyage. C’est tellement profond dans la remise en cause de soit que ça provoque…c’est un bouleversement, un voyage au plus profond de soit même, en soit même, vers soi même…et pour soi-même.

Quelles tonnes de questions ce voyage m’a fait me poser. Qui suis-je par rapport à ceux qui sont là ? Comment construire une vie quand on est immergé dans l’ailleurs total et les différences considérables, qu’elles soient culturelles, économiques, liées au niveau d’instruction ou aux conditions de vie.

C’est aussi dur de se situer quand on essaie de bâtir des bases potentielles pour une nouvelle vie à venir alors que l’on est là que pour 3 mois. C’est comme si j’avais les fesses entre deux chaises. A essayer de comprendre, analyser ce qui est dur à vivre et qui ne pourra jamais changer ou ce qui est dur à vivre mais qui demande plus de temps pour changer ou pour arriver à être surpassé.

Bref. Et puis il y a aussi la capacité d’adaptation, d’intégration. Je me suis toujours considérée comme étant quelqu’un qui avait des difficultés à m’adapter. Je sais que ces deux processus demandent temps, efforts, patience et persévération. Mais j’ai toujours l’impression que chez moi, ces processus en demandent plus que chez les autres. Enfin bon. Et puis l’intégration c’est aussi un puissant moteur de remise en cause de soit et de sa culture. Parfois, c’est dur de trouver la frontière entre s’adapter et rester soi-même.

Et puis la peur de rester soi-même et d’être ainsi tellement différente… trop différente pour être acceptée par les autres… Se renier et trouver sa place en étant quelqu’un d’autre ? Ou être soi même et…se sentir parfois rejeté, exclu (sans que ce soit fait de manière consciente).

En réalité, je ne crois pas que ces problèmes soient liés au Viet Nam en lui-même. Il est vrai que je rencontrerais moins ces difficultés, moins nombreuses et moins fortes, si j’émigrais en Allemagne, en Angleterre…déjà parce que ma différence se lirait moins sur mon visage et puis parce qu’ensuite, les pays d’Europe ont un minimum de culture commune, qui est partagée avec les autres pays et qui s’exprime, se vit, se lit de la même manière.

On dit qu’on a pas besoin d’aller loin pour voyager, ce qui est vrai. Mais l’idée d’être à l’autre bout de la planète nous prépare déjà à l’idée d’une inévitable et profonde différence. Si bien que cela nous aveugle et nous empêche de percevoir les similarités. C’est vrai que celles-ci sont plus dures à trouver. Parce qu’elles peuvent s’exprimer de différents façons, prendre des visages qui sont ici différents parce que liés au climat, au savoir faire local avec les matériaux locaux…Mais pourtant, sous ces masques de bois, ces chapeaux coniques et ces bonnets de laine on trouve bien souvent des mêmes espérances, de mêmes rêves et une même tristesse…

Revenons en donc, ici, à ce que j’ai vécu. Non seulement c’est une découverte en profondeur des nombreuses différences culturelles et ce qu’elles signifient, mais c’est surtout l’écho qu’elles ont fait sur moi qui m’a marqué au fer rouge. Oui, parce que cela ne se fait pas sans douleur malgré le caractère instructif des choses.

Vivre un quotidien, prendre le temps, essayer de s’intégrer, essayer de comprendre, tout…

Quand on voyage, quelque soit la façon de voyager, on ne connait la culture du pays qu’en coup de vent. Parce qu’on ne reste jamais très longtemps là où l’on est. Parce qu’on ne cherche pas à s’intégrer. Parce qu’on ne cherche pas à rester, à se faire un quotidien le plus proche possible avec ceux qui peuvent habiter là.

Trois mois et demi, ce n’est pas voyager. Surtout quand on va la plupart du temps à l’université. Surtout quand on habite avec quelqu’un du pays. Et c’est pourtant ainsi que l’on s’enfonce au plus profond de la culture du pays… Et au plus profond de la nôtre aussi. Parce que l’on est au cœur de ce qui est appelé : les différences et les chocs culturels.

Je ne suis pas venue ici juste pour aller à l’université. Je suis venue ici pour vivre. Pour voire si je pouvais vivre ici. Un genre de « CDD de vie » qui pourrait déboucher, si je me sens bien ici, sur un CDI si on peut parler comme ça.

Je vis dans un quartier qui n’est pas celui où vivent les autres étrangers occidentaux. Je vis avec les Vietnamiens et comme les Vietnamiens. Et pourtant, je ne suis pas Vietnamienne. Et ça, c’est tellement dur à dépasser. La curiosité, l’incompréhension, moi je l’ai vécue de l’intérieur. De quoi se remettre en question à chaque pas fait dans cette société. Ici, j’ai vécu la place de la femme. Je ne suis pas vietnamienne, donc je n’aurais jamais cette place de la femme vietnamienne, et heureusement, mais je l’ai vécu par différenciation. Parce qu’en vivant avec des vietnamiens, en étant femme, on a toujours une position différente. Et même si, de par ma provenance, on a pu me traiter autrement que les femmes du pays, il y a certains comportements qu’on ne peut changer (en tout cas, pas instantanément, comme par un coup de baguette magique). J’ai vécu l’incompréhension de ma part face à la culture vietnamienne et aussi, et ce qui m’a le plus profondément touché, l’incompréhension de leur culture sur la mienne ou sur ma personne. Les préjugés. C’est tellement dur, parfois, de voire les jugements dont on peut être sujet ! Cela pousse à une remise en question incessante. La fatigue. Et de nouveau, l’incompréhension.

Et puis il y a l’intégration. Même si c’est 3 mois et demi, j’ai eu envie de m’intégrer « pour plus tard »… pour voire, ou du moins essayer de voire si un jour, je pourrais vivre ici. Mais c’est seulement au bout de trois mois que je commence à trouver ma place. A avoir de bons amis. A rire aux blagues des autres, à passer outre sur ce qu’avant, j’accordais une énorme importance alors que ce n’était le cas de personne ici. Je commence à prendre de l’assure, à parler spontanément, à rendre service, à avoir des habitudes. Ce qui me paraissait dur au début de mon séjour ne l’est plus à présent. Ce qui me paraissait infranchissable a été en fait franchi, et enfin, je me sens moi, ici. Je ne me sens plus vraiment étrangère parce que j’ai compris tellement de choses, parce que j’ai été considéré à plusieurs reprise comme vietnamienne, parce que j’ai fait de cet endroit une partie de ma vie peut être, de mon quotidien aussi. Parce que l’intégration passe par la langue. Et enfin, j’ai pu m’exprimer comme n’importe qui, pour que l’on comprenne qui je suis. Ici, maintenant, je suis moi. Et enfin, je m’assume en tant que moi ici. Et ça, ça n’a pas été une chose facile…

Ici aussi, il y a des gens à qui je vais manquer. Ici aussi, il y a des gens qui ont des souvenirs communs avec moi, et qui vont se souvenir de moi.

S’adapter n’est pas une chose facile, même à 20 ans. Trouver la frontière entre s’adapter et rester soi-même c’est tellement dur ! Mais je crois que je l’ai trouvée pour beaucoup de choses. Et tout ça, grâce au temps, à la remise en question de soi, aux discussions et qui discussion dit : maîtrise de la langue.

Venir ici, et aller à l’université, c’est ce qui m’a en grande partie permis d’avoir un quotidien et de pouvoir m’intégrer vraiment…

Par L'occidentale - Publié dans : Quotidien et récit de vie
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Mardi 6 octobre 2009 2 06 /10 /Oct /2009 17:13

Ceci est une dissertation rendue au premier semestre dernier, pour le cours intitulé : identité culturelle vietnamienne, dont le sujet est formulé dans le titre de cet article...


            Les vietnamiens de l’étranger sont des vietnamiens qui, pour des raisons économiques, politiques, sécuritaires, familiales etc… sont parti de leur pays natal. Par conséquent, ils y ont vécu, ils ont été imprégnés totalement de la vietnamité, de la culture vietnamienne.

Cette culture vietnamienne est composée de deux principaux éléments qui forment l’identité vietnamienne. Ce sont les composants, éléments presque « éternels » qui façonnent le destin, créant ainsi la communauté de destin vietnamienne, rassemblée autour de rite, de mentalité, de coutumes de longue durée et les constituants qui sont des caractéristiques « dynamiques », qui sont relativement récents dans la culture vietnamienne, et qui évoluent. Les composants regroupent donc les éléments diachroniques de la culture vietnamienne, ceux qui forment l’histoire, la communauté de destin tandis que les constituants, eux, en forment la partie synchronique, soit les éléments plus récents, du présent et de l’évolution récente de la culture vietnamienne, son coté évolutif. Il y a donc une partie constante de l’identité vietnamienne et une partie dont les éléments évoluent, se transforment, disparaissent, se renouvellent…

            Un vietnamien qui nait au pays nait dans la  « communauté de destin ». Il est baigné totalement et pleinement dans la culture et l’environnement vietnamien. Il est donc nourrit seulement de composants de l’identité vietnamienne et des constituants alors faisant partie de l’identité. De ce fait, un vietnamien qui quitte le pays pour une durée assez longue, emmène avec lui son identité, qui est donc faite des composants de toujours et des constituants d’alors. Ils sont vietnamiens pleinement. Mais une identité change au fil du temps, du moins ses constituants. L’environnement n’est plus totalement vietnamien. Les exilés côtoient certes leur famille. Leur environnement familial est donc vietnamien. Mais ils vont à l’école, à l’université, au travail dans leur pays d’accueil, côtoient des « autochtones » dans leur lieu de travail, les espaces publics…Et donc, côtoient une nouvelle culture. Face à cette nouvelle culture qui désormais fait partie de leur quotidien, qu’en est-il de l’identité culturelle vietnamienne ? se fait-elle absorber ? Si oui, qu’est ce qui demeure, qu’est ce qui disparait ? Est-elle modifiée par l’apport que peuvent trouver les vietnamiens dans la culture du pays d’accueil ? Comment se passe la cohabitation entre ces deux cultures ? Quelle en est l’alchimie ?

            Les vietnamiens qui partent à l’étranger se regroupent souvent en associations, formant ainsi plusieurs communautés au sein du pays d’accueil et aussi entre les différents pays d’accueil. Ce que partagent ces vietnamiens à l’intérieur de ces communautés, c’est justement leur identité vietnamienne.  Au sein de l’Union Général des Vietnamiens de France, (Hội Người Việt Nam Tại Pháp), cette identité est entretenue et préservée : des concerts de musique traditionnelle et populaire sont organisés, le Tết, fête populaire ancestrale, est organisée tous les ans par toutes les communautés vietnamiennes, des ouvrages sont écrits, (romans, essais, documentaires) en vietnamien et parlant du Việt Nam, le Việt Nam de ces Việt Kiều, des cours de danse et de musique traditionnelle sont organisés. La culture vietnamienne est donc toujours entretenue, utilisée, mise en valeur. Mais la question est double. Il en va de savoir si cette culture qui est remâchée n’est pas, consciemment ou non, mélangée avec des éléments de la culture du pays d’accueil, où en réaction à celle-ci. Et qu’elle le soit ou non, une autre question se pose toujours, celle de l’apport de cette culture vietnamienne de l’étranger dans la culture vietnamienne. Est-elle la même ? Si non, qu’est ce qui la différencie de la culture vietnamienne pure ? Quels constituants sont différents ? Lesquels ont disparus, lesquels se sont transformés ? Et surtout, quel(s) lien(s) sont entretenus entre cette culture vietnamienne « hải ngọai » (outre-mer) et celle « quốc nội » (intérieure) ? Quel est l’apport, la contribution des communautés des vietnamiens d’outremer dans l’évolution de la nature de l’identité populaire vietnamienne ? Et peut-on parler d’une culture vietnamienne planétaire ?

           

            Il faut tout d’abord noter qu’un apport est possible entre les vietnamiens de l’étranger et ceux de l’intérieur depuis l’ouverture du pays, en 1986, dans le cadre du Đổi Mới (politique de réformes en masse et d’ouverture progressive). Depuis lors, la communication entre les việt kiều (vietnamiens de l’étranger) et « les Vietnamiens du Vietnam » a pu être réellement établi et un apport ou tout du moins un échange, potentiellement possible.

            Ainsi, les Vietnamiens de l’étranger, organisés le plus souvent en communautés, entretiennent plus que souvent, un lien avec le pays. Un lien qui est de plus, particulièrement fort. Il se manifeste sous différentes façons : des programmes humanitaires, des échanges culturels (un artiste vietnamien est invité en France pour donner un concert pour la communauté vietnamienne par exemple), des créations d’entreprises où travaillent des « việt kiều » et des vietnamiens « quốc nội ».  Ces communautés, puisqu’elles portent ce nom, sont donc des rassemblements de personnes partageant  la même identité. Cette identité n’est pas figée. On a vu précédemment qu’elle était constituée d’éléments évolutifs, dynamiques. C’est justement ceux-ci qui évoluent lors de la cohabitation ou du côtoiement de la culture vietnamienne intrinsèque (les composants) aux Việt Kiều avec la culture du pays d’accueil et les constituants ou composants de cette dernière. Ils s’inspirent, intègrent et intériorisent

            On peut citer le cas de l’écrivain d’outremer, Xuân Vinh, dont l’une des nouvelles s’intitule « Hoàng Tử bé và tôi » (le petit prince et moi), où l’expression en quốc ngữ et l’apparition du moi (un composant et un constituant) est justement travaillé à la lumière du côtoiement de la culture vietnamienne de l’auteur et de celle de son pays d’origine. Ce livre, disponible au Viet Nam, diffuse les idées de l’auteur, sa vision des choses qui résultent sa vietnamité intrinsèque et de son appropriation de la culture française. A la lumière de cet exemple, on peut donc ainsi parler d’un apport d’idées, de visions du monde, de productions littéraires des Việt Kiều dans la culture populaire et la façon dont il interprète et revisite-celle-ci à travers d’autres cultures qu’ils ont intégrées. Les Việt Kiều peuvent apporter à la culture populaire vietnamienne une réflexion sur celle-ci, un approfondissement, d’autres interprétations et une évolution (en ce qui concerne les constituants seulement).  

Les productions artistes produites dans les communautés vietnamiennes hải ngọai s’inspirent des composantes ou découlent plutôt de celles-ci. Par exemple, Hương Thanh, une artiste née à Sai Gon vivant en France, a puisé dans sa vietnamité, dans les composants de l’identité culturelle populaire vietnamienne, la musique populaire vietnamienne, de son répertoire et de son langage, pour faire des œuvres musicales abouties, mélangeant donc des composants de l’identité vietnamienne mais aussi des éléments de la culture musicale d’une culture présente dans son pays d’accueil, le jazz. Cette artiste se produit ensuite dans son pays d’origine. Cette artiste est un des exemples de l’apport des Việt Kiều dans la culture vietnamienne. Elle se sert sa culture d’origine, en particulier des éléments diachroniques, pour la faire évoluer, lui apporter d’autres éléments (eux, synchroniques).

            Les Việt Kiều peuvent aussi apporter un regard sur leur culture, sur la culture vietnamienne. Ainsi, Trần Anh Hùng  revisite sa culture vietnamienne, donne sa vision de son âme à travers « L’odeur de la papaye verte ». Il insiste sur la dimension poétique de la culture, sur les composants (le travail, la piété filiale, la famille, le gout pour les diplômes…). Depuis l’ouverture du Vietnam, ce film peut être visionné et peut donc alimenter la culture vietnamienne en mettant en valeur ses composants et les constituants d’alors (soit des années 1950).  

             

On peut tout aussi bien prendre le cas de Dương Thư Hương et de son dernier roman, Au Zénith. Celui-ci peut apporter beaucoup à l’identité vietnamienne, et en particulier à ses composants. En effet, on peut considérer comme composant l’idéologie Ho Chi Minh (tư tưởng Hồ Chí Minh) et le mythe qu’est devenu ce personnage est rentré dans les figures populaires de l’identité vietnamienne. Le livre de Dương Thư Hương peut modifier ce composant car, de par la réputation de l’auteur, sa notoriété et l’autorité qu’elle peut incarnée face aux autorités communistes du pays, l’interprétation qu’elle en fait peut le remettre en question, l’amener à une évolution. On peut dire que dans son cas, la contribution des Viẹt Kiều à l’identité vietnamienne est une remise en question de certaines valeurs, de certains constituants et même composants.

            Cette contribution peut aussi être illustrée par le cas de la chanson chantée par Pham Quynh Anh, « Bonjour Vietnam ». Célèbre chez les vietnamiens d’outremer, elle l’est aussi chez les vietnamiens quốc nội. La revisitation de l’histoire vietnamienne, et notamment de l’histoire des Viet Kieu et de leurs sentiments et liens avec leur pays d’origine qu’introduit cette chanson est aussi un des apports présents des việt kiều dans l’identité de la culture, particulièrement dans ses constituants que sont les Việt Kiều. De même, Vũ Thư Hiên, dans son livre « Đêm giữa ban ngày », réécrit l’histoire, l’interprète et prête à l’identité culturelle vietnamienne le soin de se reconnaitre dans cette nouvelle version de l’histoire, qui remet en cause constituants comme composants.

 

Mais cette contribution peut donc conduire à une appropriation encore plus profonde de l’identité culturelle populaire vietnamienne par les vietnamiens, qu’ils soient việt kiều ou việt quốc nội.

 

            C’est cet apport, cette contribution qui unie les communautés vietnamiennes hải ngọai au Viet Nam et aux Vietnamiens quốc nội. Seulement, le terme même de contribution montre qu’il y a une différence entre l’identité culturelle vietnamienne hải ngọai et l’identité culturelle vietnamienne quốc nội. Le mot contribution introduit le fait que ces deux communautés ont quelque chose de différent, y compris en matière d’identité. Effectivement, elles ne partagent plus forcément les mêmes constituants. Ceux-ci ont évolués. Ils partageaient ses derniers alors que les futurs việt kiều étaient encore au pays. Mais le temps et les mentalités changeantes font évoluer la société et donc les constituants.  Ainsi, les constituants d’alors se sont transformés soit par une évolution « naturelle »  dans le cas des việt quốc nội soit par l’exil et la fréquentation d’un nouvel environnement dans le cas des việt kiều. Ce sont aussi les constituants de l’identité des différentes communautés vietnamienne hải ngọai qui sont aussi la source d’un apport à l’identité culturelle vietnamienne.  Ainsi, les femmes việt kiều peuvent apporter leur vision de leur statut aux femmes vietnamiennes restées au pays.

 

Mais le mot contribution implique aussi la notion de réseau. Celui-ci existe du fait des apports, des liens entre ces deux communautés. Et il existe justement parce qu’il relie des personnes qui partagent la même identité en tout cas, une partie de leur identité.

Les vietnamiens d’outremer et les vietnamiens du pays partagent l’identité culturelle populaire du Viet Nam dans le sens où ils partagent les composants de cette identité et c’est en grande partie par cela que l’on peut dire qu’il existe une identité vietnamienne planétaire. Ils se reconnaissent tous dans la piété filiale, le culte des ancêtres, l’utilisation du quốc ngữ écrit ou parlé, partagent majoritairement la même notion de la famille, du travail et de la réussite (qui se mesure en terme de diplômes).   

Par ailleurs, dans les composants, on trouve la notion de famille. Les Vietnamiens de l’étranger contribuent à l’évolution de la nature de l’identité vietnamienne dans le sens aussi où la font perdurer. On le remarque par le fait que la majorité, voire presque même la totalité des Viet Kieu envoient de l’argent à leur famille depuis l’étranger. On le voit aussi et surtout par les réseaux qu’ils mettent en place et les liens qu’ils entretiennent avec la patrie mère.

Si l’on reprend l’exemple de l’artiste Hương Thanh, on peut aussi dire qu’il existe une identité culturelle vietnamienne planétaire, qui a pour âme, les composants de la culture vietnamienne. Cela dit, c’est à nuancer en ce qui concerne l’appropriation de la culture vietnamienne par les vietnamiens d’outremer de la deuxième génération, soit ceux qui sont dans un pays autre que le Viet Nam mais de parents vietnamiens (c'est-à-dire dont les parents ont l’identité culturelle vietnamienne). En effet, dans Le Pêcheur et la Princesse, de Trần Minh Huy, on perçoit très bien la distance et presque l’indifférence que peut ressentir un enfant issu de parents vietnamien et la culture vietnamienne. Le lien est différent, l’héritage n’est pas toujours facile et ne se fait pas toujours bien : la distance et l’incompréhension est bien souvent trop grande. Cependant, il faut noter que cet enfant prendra aussi dans la vietnamité de ses parents, dans les composants de l’identité culturelle populaire vietnamienne pour se construire. C’est le cas de Lan, qui se construit à travers les contes et légendes populaires vietnamiennes.

Néanmoins, ce cas de figure est aussi à nuancer. En effet, l’Union des Jeunes Vietnamiens de France, (Hội Thanh Nhien Việt Nam tại Pháp) est la pour le prouver. Elle rassemble des enfants de việt kiều, pour lesquels elle organise des stages à l’université au Việt Nam, des chantiers humanitaires au Việt Nam, des camps d’été autour de la culture vietnamienne... Elle entretien et nourri le lien entre ces jeunes français et le pays de leur origine. Et en permettant à ces jeunes de côtoyer des jeunes du Viet Nam, elle permet une interaction entre les deux cultures.  

            Il faut aussi noter que cette planétarisation de la culture vietnamienne est aussi visible à travers l’existence de radios publiques en vietnamien dans différents pays de résidence des Việt Kiều. Ainsi, RFI et BBC diffusent quotidiennement non seulement des journaux d’informations mais aussi des reportages et des émissions culturelles… Portant souvent sur la culture vietnamienne. On voit bien ici le réseau entretenu par les communautés vietnamiennes entre elles, ses membres entre eux et aussi ses liens avec les Vietnamiens du Vietnam. De l’étranger, elles diffusent en vietnamien, des émissions culturelles sur la culture vietnamienne, ses composants comme ses constituants et en cela, on peut parler d’une planétarisation de la culture vietnamienne.

            Ces radios, dont les programmes et leur contenus sont dirigés par les việt kiều, tendent non seulement à relier les membres des communautés entre eux, mais aussi les communautés entre eux autour du Việt Nam et surtout de l’identité culturelle vietnamienne, mais on aussi pour ambition d’entretenir, de cultiver, de véhiculer cette dernière.

On peut donc dire parler d’une culture vietnamienne planétaire, d’autant plus que chaque communauté vietnamienne, que ce soit celle de Sydney, de Paris, de Marseille, de Prague, de Savannakhet, ou des Etats-Unis entretient sa vietnamité, qui est commune à celle de toutes autres communauté vietnamienne.  Mais on peut aussi parler de cultures vietnamiennes planétaire car d’une communauté à l’autre, les constituants de cette vietnamité ne sont pas les mêmes ou ne sont pas vécus et interprétés de la même façon.

 

Comme le dit Nguyễn Mộng Giác, dans son livre Nghĩ về văn học hải ngọai (réflexions sur la littérature outre-mer » : « Số phận của đất nước, hoàn cảnh cá nhân đày đọa mỗi người định cư và chịu những ràng buộc xã hội khác nhau. Giá trị của từng cá  nhân là phần đóng góp của người đó cho dân tộc và nhân loại, không phải căn cứ vào yếu tố địa lý. Và phần đóng góp này đôi lúc không dựa vào nhân cách vì một nhân cách xứng đáng sẽ ảnh hưởng lên nhân quần và thế hệ tiếp nối. »

 

Par L'occidentale - Publié dans : Dissertons...
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