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Samedi 10 octobre 2009 6 10 /10 /Oct /2009 00:16

Mon voyage au Viet Nam. Je ne sais pas si on peut appeler ça un voyage. C’est tellement profond dans la remise en cause de soit que ça provoque…c’est un bouleversement, un voyage au plus profond de soit même, en soit même, vers soi même…et pour soi-même.

Quelles tonnes de questions ce voyage m’a fait me poser. Qui suis-je par rapport à ceux qui sont là ? Comment construire une vie quand on est immergé dans l’ailleurs total et les différences considérables, qu’elles soient culturelles, économiques, liées au niveau d’instruction ou aux conditions de vie.

C’est aussi dur de se situer quand on essaie de bâtir des bases potentielles pour une nouvelle vie à venir alors que l’on est là que pour 3 mois. C’est comme si j’avais les fesses entre deux chaises. A essayer de comprendre, analyser ce qui est dur à vivre et qui ne pourra jamais changer ou ce qui est dur à vivre mais qui demande plus de temps pour changer ou pour arriver à être surpassé.

Bref. Et puis il y a aussi la capacité d’adaptation, d’intégration. Je me suis toujours considérée comme étant quelqu’un qui avait des difficultés à m’adapter. Je sais que ces deux processus demandent temps, efforts, patience et persévération. Mais j’ai toujours l’impression que chez moi, ces processus en demandent plus que chez les autres. Enfin bon. Et puis l’intégration c’est aussi un puissant moteur de remise en cause de soit et de sa culture. Parfois, c’est dur de trouver la frontière entre s’adapter et rester soi-même.

Et puis la peur de rester soi-même et d’être ainsi tellement différente… trop différente pour être acceptée par les autres… Se renier et trouver sa place en étant quelqu’un d’autre ? Ou être soi même et…se sentir parfois rejeté, exclu (sans que ce soit fait de manière consciente).

En réalité, je ne crois pas que ces problèmes soient liés au Viet Nam en lui-même. Il est vrai que je rencontrerais moins ces difficultés, moins nombreuses et moins fortes, si j’émigrais en Allemagne, en Angleterre…déjà parce que ma différence se lirait moins sur mon visage et puis parce qu’ensuite, les pays d’Europe ont un minimum de culture commune, qui est partagée avec les autres pays et qui s’exprime, se vit, se lit de la même manière.

On dit qu’on a pas besoin d’aller loin pour voyager, ce qui est vrai. Mais l’idée d’être à l’autre bout de la planète nous prépare déjà à l’idée d’une inévitable et profonde différence. Si bien que cela nous aveugle et nous empêche de percevoir les similarités. C’est vrai que celles-ci sont plus dures à trouver. Parce qu’elles peuvent s’exprimer de différents façons, prendre des visages qui sont ici différents parce que liés au climat, au savoir faire local avec les matériaux locaux…Mais pourtant, sous ces masques de bois, ces chapeaux coniques et ces bonnets de laine on trouve bien souvent des mêmes espérances, de mêmes rêves et une même tristesse…

Revenons en donc, ici, à ce que j’ai vécu. Non seulement c’est une découverte en profondeur des nombreuses différences culturelles et ce qu’elles signifient, mais c’est surtout l’écho qu’elles ont fait sur moi qui m’a marqué au fer rouge. Oui, parce que cela ne se fait pas sans douleur malgré le caractère instructif des choses.

Vivre un quotidien, prendre le temps, essayer de s’intégrer, essayer de comprendre, tout…

Quand on voyage, quelque soit la façon de voyager, on ne connait la culture du pays qu’en coup de vent. Parce qu’on ne reste jamais très longtemps là où l’on est. Parce qu’on ne cherche pas à s’intégrer. Parce qu’on ne cherche pas à rester, à se faire un quotidien le plus proche possible avec ceux qui peuvent habiter là.

Trois mois et demi, ce n’est pas voyager. Surtout quand on va la plupart du temps à l’université. Surtout quand on habite avec quelqu’un du pays. Et c’est pourtant ainsi que l’on s’enfonce au plus profond de la culture du pays… Et au plus profond de la nôtre aussi. Parce que l’on est au cœur de ce qui est appelé : les différences et les chocs culturels.

Je ne suis pas venue ici juste pour aller à l’université. Je suis venue ici pour vivre. Pour voire si je pouvais vivre ici. Un genre de « CDD de vie » qui pourrait déboucher, si je me sens bien ici, sur un CDI si on peut parler comme ça.

Je vis dans un quartier qui n’est pas celui où vivent les autres étrangers occidentaux. Je vis avec les Vietnamiens et comme les Vietnamiens. Et pourtant, je ne suis pas Vietnamienne. Et ça, c’est tellement dur à dépasser. La curiosité, l’incompréhension, moi je l’ai vécue de l’intérieur. De quoi se remettre en question à chaque pas fait dans cette société. Ici, j’ai vécu la place de la femme. Je ne suis pas vietnamienne, donc je n’aurais jamais cette place de la femme vietnamienne, et heureusement, mais je l’ai vécu par différenciation. Parce qu’en vivant avec des vietnamiens, en étant femme, on a toujours une position différente. Et même si, de par ma provenance, on a pu me traiter autrement que les femmes du pays, il y a certains comportements qu’on ne peut changer (en tout cas, pas instantanément, comme par un coup de baguette magique). J’ai vécu l’incompréhension de ma part face à la culture vietnamienne et aussi, et ce qui m’a le plus profondément touché, l’incompréhension de leur culture sur la mienne ou sur ma personne. Les préjugés. C’est tellement dur, parfois, de voire les jugements dont on peut être sujet ! Cela pousse à une remise en question incessante. La fatigue. Et de nouveau, l’incompréhension.

Et puis il y a l’intégration. Même si c’est 3 mois et demi, j’ai eu envie de m’intégrer « pour plus tard »… pour voire, ou du moins essayer de voire si un jour, je pourrais vivre ici. Mais c’est seulement au bout de trois mois que je commence à trouver ma place. A avoir de bons amis. A rire aux blagues des autres, à passer outre sur ce qu’avant, j’accordais une énorme importance alors que ce n’était le cas de personne ici. Je commence à prendre de l’assure, à parler spontanément, à rendre service, à avoir des habitudes. Ce qui me paraissait dur au début de mon séjour ne l’est plus à présent. Ce qui me paraissait infranchissable a été en fait franchi, et enfin, je me sens moi, ici. Je ne me sens plus vraiment étrangère parce que j’ai compris tellement de choses, parce que j’ai été considéré à plusieurs reprise comme vietnamienne, parce que j’ai fait de cet endroit une partie de ma vie peut être, de mon quotidien aussi. Parce que l’intégration passe par la langue. Et enfin, j’ai pu m’exprimer comme n’importe qui, pour que l’on comprenne qui je suis. Ici, maintenant, je suis moi. Et enfin, je m’assume en tant que moi ici. Et ça, ça n’a pas été une chose facile…

Ici aussi, il y a des gens à qui je vais manquer. Ici aussi, il y a des gens qui ont des souvenirs communs avec moi, et qui vont se souvenir de moi.

S’adapter n’est pas une chose facile, même à 20 ans. Trouver la frontière entre s’adapter et rester soi-même c’est tellement dur ! Mais je crois que je l’ai trouvée pour beaucoup de choses. Et tout ça, grâce au temps, à la remise en question de soi, aux discussions et qui discussion dit : maîtrise de la langue.

Venir ici, et aller à l’université, c’est ce qui m’a en grande partie permis d’avoir un quotidien et de pouvoir m’intégrer vraiment…

Par L'occidentale - Publié dans : Quotidien et récit de vie
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