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Jeudi 12 mai 2011 4 12 /05 /Mai /2011 16:34

Faire preuve d'intégration et de compréhension est, me semble-t-il, la moindre des choses quand on vit à l'étranger et/ou avec des étrangers.

Depuis quelques temps, je m'interroge. J'ai l'impression de perdre ma volonté (mais non mes valeurs) concernant mon intégration et ma compréhension. Je mets en doute ma capacité de mettre en pratique ce qui me semble être important, mes principes de vie.

Est-ce parce que je suis trop sensible et qu'un rien peut m'aller droit au coeur ? Est-ce parce que je me pose trop de question et fais attention à trop de choses ? Est-ce que cela vient de moi ? Ou est-ce que c'est parce que c'est vraiment comme ça ?

 

Quand je viens au Viet Nam, soit environ deux fois par an ce qui représente ¼ à 1/3 de l'année, je vis donc chez mon mari qui, en temps « normal », vit avec soeur dont il est de 3 ou 4 ans l'ainé. Vivre à 3 dans un 25 mètres carrés, ce n'est pas évident. Parce que déjà pour avoir une vie de couple normale (au moins pendant ces 1/3 - ¼ de l'année), ce n'est pas pratique et même infaisable, parce que partager son intimité quand ce n'est pas un acte choisit ce n'est pas évident, parce que c'est aussi partager un homme (mon mari), parce que c'est aussi fatiguant, frustrant et délicat.

Non seulement, c'est dur pour moi de m'exposer à l'extérieur mais de retour à l'intérieur ça ne l'est pas moins. Non pas que cette soeur soit invivable, au contraire. Mais cela reste difficile quand même. Sortir, aller au marché, prendre le bus...Je commence à redouter vraiment tous les regards qui se tournent vers moi lorsque je fais un pas. J'essaie de faire comme si je ne remarquais rien et que cela ne m'atteignais pas (alors que c'est tout l'inverse). Mais à la façon dont on me scrute, je me sens soit comme un morceau de viande en sandales soit comme une intruse. Et je n'arrive pas à réellement ne pas faire attention, essayer de faire fi de tout cela. Cela devrait me passer par dessus la tête mais pourtant, je n'y arrive pas. Cela m'atteint trop et je n'arrive pas à m'en débarrasser. Alors je me dis que le Viet Nam c'est comme ça, et que si je n'arrive pas à faire, ressentir autrement, il va falloir sérieusement changer mes projets. Ce qui m'angoisse encore plus et me fais me sentir coupable. Coupable de ne pas être à la hauteur, coupable d'être trop sensible, de « me prendre trop la tête » comme dirait certains.

Et puis, quand je suis à la maison, dans leur maison plus exactement, je ne me sens pas dans un refuge qui pourrait contrebalancer mon sentiment face à l'extérieur. Ce n'est pas un lieu qui m'apaise non plus puisque ce n'est pas mon lieu et que je me sens toujours aussi comme étant une intruse (vu que ma présence pousse cette soeur à vivre un peu autrement et à être dérangée dans ses habitudes). Je me sens étrangère tout le temps maintenant. Et dehors, et à la maison. Cela me fatigue.

Au Viet Nam, je viens avec rien d'autre que moi même, c'est à dire avec ma culture, ma personnalité. Souvent, il m'arrive de faire des plats français à la maison, une manière aussi d'essayer de m'approprier mon quotidien. Mais alors, rien de ce que je fais ne semble être assez parfait. « C'est sucré, c'est gras, c'est fade, c'est sec, c'est salé »... Mais « c'est bon », non, c'est pas quelque chose que j'entends souvent. Ce n'est pas un tort que de commenter ainsi ce que je fais. C'est juste que je n'ai que ça, là bas. Il en va de même pour la littérature. Lorsque j'achète un livre, français traduit en vietnamien ou même d'auteur vietnamien : « c'est banal, c'est bien mais sans plus, ce sera peut être bien dans quelques années mais pas maintenant »... La lessive aussi : « tu ne devrais pas faire comme ça mais plutôt comme ci ».... Le résultat c'est que malgré la gentillesse de cette soeur et la sympathie profonde que j'ai envers elle, je commence à me sentir attaquée. Parce que rien de ce que je fais ne semble assez bien et surtout parce que ma culture et donc ce que je suis moi, est tout le temps « critiqué » (entre critiques et commentaires). Comment bien vivre ça ? Comment font les autres expatriés qui vivent en immersion ? La plupart sont des hommes, donc ces questions se posent beaucoup moins et les enjeux sont différents. Mais comment ? Que dois je changer pour me sentir mieux dans cet environnement ? Je n'en sais rien, si ce n'est que si nous habitions à deux et non à trois, ce serait déjà une partie importante de mon « mal-être » qui serait résolue.

Vivre comme une vietnamienne à tout de normal, pour tout le monde, là bas. Et même si pour moi, cela semble aussi quelque chose d'évident pour mon intégration, en réalité, ce n'est pas du tout normal, habituel. Je fonctionne autrement, je vis autrement, je ris autrement, je pense autrement. Et les cadres de la société portés aussi par les membres de cette société ne sont pas adapté à moi, ce qui est normal. Vivre à la vietnamienne quand on en est pas une, ça peut aller jusqu'à se sentir aliénée (en partie en tout cas) de soi-même. De se sentir à coté de soi-même. Mes réactions face à cette façon de vivre ne sont pas les mêmes qu'une Vietnamienne et elles sont inattendues, surprenantes...entrainant le risque de se faire mal-comprendre et mal connaître. A vivre comme une Vietnamienne alors qu'on en n'est pas une, on fini par tromper (involontairement) les autres et peut être pire, soi même.

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Par L'occidentale - Publié dans : Quotidien et récit de vie
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